Paolinoshka
Paolinoshka
Avec ses illustrations vibrantes et son goût pour la couleur, Paolinoshka construit un univers joyeux, floral et délicatement engagé. À mi-chemin entre douceur et affirmation, ses œuvres nous invitent à ralentir, à observer, à sourire. Elle nous parle de ses inspirations, de son processus créatif, et de l’importance du message derrière l’image. À la rencontre d’un univers poétique, coloré et résolument positif.
La sélection
pour Kurves
Peux-tu te présenter en quelques mots et nous raconter comment ton parcours t’a menée vers la création artistique ?
Bonjour, je m’appelle Pauline Rochault, aka Paolinoshka, et je suis une enfant du Sud-Ouest vivant désormais à Paris.
Comme beaucoup d’illustratrices, je dessine depuis toute petite. Au départ, c’était parce que j’avais des lunettes et que j’étais nulle en sport. Je passais donc le temps en dessinant, que ce soit durant les vacances ou à l’école. Chemin faisant, c’est devenu mon moyen d’expression, mon moyen d’impressionner, voire même de draguer (fun fact : je dessinais des persos de Dragon Ball Z pour faire fondre le cœur de mon prétendant à la récré... ça n’a pas marché).
Puis je suis devenue « l’artiste » de la classe, puis de la famille. Mes parents m’emmenaient au musée, voir des ruines au milieu des Pyrénées, m’inscrivaient à des cours de dessin... Ils avaient bien compris que ma place était là, et non sur un terrain de tennis ou de basket. J’ai donc tout naturellement fait un bac Arts appliqués et là, boum : RÉVÉLATION. Tout s’est connecté. Mon appétence pour la décoration, mon goût douteux pour les couleurs, ma collection d’étiquettes et de stickers de marques de glisse... tout ça faisait partie du monde merveilleux du design.
J’ai passé mon bac, fait un tour à la fac de Bordeaux (peu concluant), puis intégré une école de « communication visuelle ». Deuxième révélation : LE GRAPHISME.
Durant ces années, j’ai appris les bases du graphisme et de la PAO. C’était chouette, mais je me suis rapidement sentie frustrée : tout était fait sur ordinateur, rien n’était réellement spontané. J’ai donc continué de mon côté une pratique manuelle et illustrative. Puis, peu à peu, le graphisme a commencé à infuser dans mon illustration... et inversement. C’est encore une fois devenu une force, une façon de me démarquer. J’étais non plus l’artiste de la classe, mais l’illustratrice de la classe.
Après une licence en direction artistique, j’ai poursuivi avec un master en design interactif, parce que pourquoi ne pas continuer à explorer ? En parallèle, je bossais dans une agence de pub, parce que pourquoi ne pas être DA, UX-UI designer et illustratrice la nuit ? Tout ce bazar m’a permis de prendre conscience d’une chose : ce que j’aime le plus, c’est répondre à une problématique.
Quand je crée un site, je réponds à un besoin pour l’utilisateur et, dans un second temps, pour mon client. Quand je conçois une campagne, je réponds à un besoin (ou non) d’une cible et d’une marque. Quand je dessine, je me pose moi-même une problématique : répondre à une thématique, faire passer un message, etc. Voilà ce qui me fait vibrer et créer.
Quels sont les mots ou images qui décrivent le mieux ton univers créatif ?
Mon univers dégage une atmosphère bold, chaleureuse et rétro. Je travaille un trait anguleux qui vient contraster avec l’aspect kawaii (pour ne pas dire mignon).
Quelles influences marquent ton travail, qu’elles soient visuelles, culturelles ou personnelles ?
Ce qui m’inspire le plus, ce sont les vestiges graphiques du passé : les vieilles enseignes, les poches de courses vintage, les boîtes, les objets des années 70, les motifs des nappes… Je crois que ma création est vraiment basée sur mes madeleines de Proust, que je remets au goût du jour avec des codes plus actuels. Côté artistes, je picore un peu partout :
- Hervé Morvan, grand affichiste de l’époque.
- Maddie Fischer (@papper_madie), dont j’adore le trait en illustration.
- Charline Gohier (@ha.oh), pour son travail sur les couleurs en design produit.
- Erwan Coutellier, dont les choix typographiques et les compositions en design graphique sont toujours top.
- Le duo Fleurke, qui stylise les Landes d’une manière qui me rappelle les vacances et le soleil passant à travers les pins.
- Bill Rebholz, un artiste américain dont le style est très fort et riche.
As-tu un rituel ou une routine créative avant de te lancer dans une nouvelle œuvre ?
Mon point de départ, c’est souvent un objet vintage ou un mot rigolo, une expression française. Mon cerveau fait le mélange, et j’en sors un visuel, un univers ou une série.
Quel rôle joue la décoration et l’art dans ton propre espace de vie ?
Il est fondamental. J’ai la chance d’avoir des parents en or massif qui m’ont toujours laissé la liberté d’exprimer mes goûts en matière de décoration. L’une de mes premières chambres était entièrement vert pistache et rose fuchsia (très à la mode en ce moment, d’ailleurs). On avait même peint le mobilier pour que tout soit assorti.
Le fait de personnaliser ces meubles m’a permis d’étendre la création au-delà d’une simple feuille A4, d’apprécier les matières et d’expérimenter tout un tas de techniques. Mes études en arts appliqués ont ensuite nourri cet intérêt pour le design en m’enseignant les courants de pensée, les styles et leur évolution.
Aujourd’hui, mon appartement est un joyeux bordel mêlant pièces vintage, souvenirs et objets design, accumulés au fil des anniversaires et des coups de cœur. C’est très dur pour moi de travailler dans un espace qui ne me stimule pas visuellement. J’ai bossé 6 ans dans un open space blanc, j’ai fini par coller des stickers et ramener tout ce que je pouvais de fun pour apporter un peu de vie et de créativité à mon bureau...
Y a-t-il un élément décoratif dont tu ne pourrais absolument pas te passer chez toi ?
Ma pomme orange/seau à glaçons que j’ai récupéré chez mes grands-parents. Elle ne sert à rien (je n’ai pas de glaçons), mais je l’aime. C’est fou de se dire qu’à l’époque, c’était un objet courant ! Qui est la personne qui s’est un jour levée en se disant : « Quelle riche idée de faire un seau à glaçons en forme de pomme en plastique ! » ? Encore une fois, une madeleine de Proust.
Quel est ton plus grand rêve en tant qu’artiste ?
Bosser avec des marques françaises, oubliées ou non, qui ont de chouettes savoir-faire. J’aime vraiment l’idée de dépoussiérer ces objets que nous avons tous eus et de les remettre au goût du jour. Ils font tellement partie de notre paysage qu’on les a oubliés.
Trop envie de voir des verres Duralex ou Arcopal avec des sourires, un torchon Moutet avec une de mes illustrations, ou encore un packaging de piperade signé Paolinoshka.
J’allais oublier : une collab avec Monop’ ! Je suis fanissime de leur démarche de démocratisation du design. Pendant longtemps, c’était pour moi le seul endroit où je pouvais m’offrir une pièce de designer sans exploser la tirelire.
Un livre de recettes me ferait aussi grave vibrer, ou encore designer des skis… Comme vous avez dû le remarquer, j’aime tester mille et une choses.
As-tu des projets futurs ou des collaborations à venir dont tu aimerais parler ?
J’ai plusieurs projets sur le feu en ce moment : du design d’objet, une guinguette et… le prince Albert. J’en dis pas plus.