Saratoustra
Sarah façonne un langage artistique mouvant et riche d’influences. Elle y mêle héritages culturels, fragments d’intimité et réflexions sur le monde. Dans cet échange, elle dévoile un univers pluriel, traversé par les contrastes et les métamorphoses. Partons à la découverte de son univers métissé, introspectif et en perpétuelle évolution.
La sélection
pour Kurves
Quel a été ton chemin jusqu’à l’art ? Y a-t-il eu un déclic ou une évolution naturelle ?
C’est vraiment l’enfance qui a semé les premières graines. J’ai toujours dessiné, mais paradoxalement, j’ai commencé par la musique, au conservatoire. Et comme je n’avais pas assez de temps pour le dessin à ce moment-là, c’est presque par frustration que je m’y suis remise plus tard.
Après le bac, j’ai tenté une année de droit, mais très vite, je me suis rendue compte que je ne pourrais jamais m’épanouir dans ce milieu-là. J’ai donc décidé de frapper à la porte des écoles d’art à Nantes, un peu en désespoir de cause, mais aussi par instinct.
Et c’est comme ça que j’ai intégré une école. C’était une façon de renouer avec un besoin vital, longtemps mis de côté.
Si tu devais capturer l’essence de ton travail en quelques mots, que dirais-tu ?
Je dirais que mon univers est métissé, traversé par différentes influences. Il est nourri à la fois par notre époque – on ne peut pas créer en dehors de la société dans laquelle on vit – et par l’héritage des artistes qui nous ont précédés. Il y a un vrai mélange.
Mon langage artistique est aussi multiple : parfois, c’est la ligne qui guide tout, comme un fil proche de l’écriture – j’aime écrire aussi, donc les deux se répondent. À d’autres moments, c’est la couleur ou les aplats qui dominent. Un peu comme les périodes bleue ou rose de certains artistes, il y a chez moi des phases, des élans, qui changent.
Mon univers, c’est un territoire en mouvement.
Quelles sont tes principales sources d’inspiration au quotidien ?
Je suis inspirée par le vivant. Par les gens que je croise, les émotions que je vis ou qu’on me confie. Les lectures, bien sûr, et la musique – j’aime beaucoup travailler en musique, cela colore vraiment les œuvres d’une certaine teinte émotionnelle.
Parfois, c’est un choc visuel qui s’imprime en moi, une image qui me bouleverse. Ce peut être un langage graphique qui me traverse, qui me touche sans explication.
Et étrangement, je regarde assez peu les autres illustrateurs, pour ne pas trop m’imprégner de ce que font mes pairs. Mais je suis très sensible à la sculpture, notamment antique, qui influence certaines de mes lignes, même si ce n’est pas visible au premier regard.
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pour Kurves
As-tu des habitudes ou des rituels qui t’aident à entrer dans ton processus de création ?
Je n’ai pas une routine fixe, mais je crée souvent en musique, ou parfois en silence complet. Ce sont des états qui changent. Le plus important, c’est d’être disponible intérieurement, d’entrer dans une forme de présence à soi, presque méditative parfois. Je ressens aussi le besoin de m’isoler un peu du monde, de me créer un cocon, même fugace, pour que le geste naisse librement.
En quoi l’art et la décoration sont-ils importants chez toi ?
Mon espace de vie, c’est un prolongement de moi-même. C’est un atelier vivant. Les objets racontent des histoires – j’ai d’ailleurs commencé une série graphique autour de ça, des objets et de la mémoire qu’ils portent.
J’ai besoin d’être entourée de beauté. La beauté est subjective, bien sûr, mais j’ai besoin d’art, de couleurs, de formes, d’histoires visuelles autour de moi. Même quand je suis simplement de passage quelque part, c’est difficile pour moi d’être bien dans un lieu sans esthétisme.
L’esthétique, pour moi, structure l’esprit. Elle me permet de me sentir bien, alignée. Chez moi, il y a des objets un peu partout, des petits autels invisibles.
Quelle est la pièce ou l’objet déco dont tu ne pourrais pas te passer chez toi ?
C’est une question difficile, car les objets bougent, évoluent. J’en range certains, j’en ressors d’autres. Mais s’il y a un objet que je ne pourrais pas laisser partir, c’est une peinture de ma tante Isabelle, une artiste et mentor pour moi, qui est partie trop tôt.
C’est l’une des premières œuvres qu’elle m’a offertes. Elle porte en elle une mémoire affective très forte. Elle me relie à quelque chose de fondateur, d’intime.
Quel objectif artistique rêves-tu d’accomplir un jour ?
Mon plus grand rêve, c’est de trouver un équilibre. Être reconnue comme artiste, oui – cette reconnaissance, tant de la part des pairs que du public, est importante. Mais aussi vivre de son art dignement. Il n’y a rien de plus douloureux que d’avoir du talent sans pouvoir en vivre.
Je crois qu’on cherche toutes et tous un équilibre entre création, épanouissement personnel, transmission, audace et ouverture au monde.
Et puis, bien sûr, il y a ce rêve d’émouvoir. Que mes œuvres résonnent avec les gens, que quelque chose de mon langage entre en vibration avec leur âme. Parfois, ça passe sans mots, juste par un coup de foudre artistique, une émotion indicible. Ce sont ces moments-là qui donnent sens à tout.
Y a-t-il des projets ou collaborations dont tu aimerais nous dévoiler un peu plus ?
Oui, plusieurs ! En ce moment, je travaille à développer des collections de vêtements et d’accessoires : des t-shirts, des sacs… J’aime l’idée que l’art puisse aussi se porter, s’incarner sur un corps, accompagner les gens dans leur quotidien.
Je travaille aussi sur un livre poétique avec un éditeur, pour croiser les voix d’illustrateurs et de jeunes auteurs.
Et bien sûr, il y a de nouvelles expositions à venir, des projets en train de naître, des idées en germination. Je continue d’explorer, d’affiner mon langage artistique et de l’ouvrir à d’autres formes, d’autres champs.